Définition

La comitologie d'un projet désigne l'ensemble des instances de décision et de suivi mises en place pour le piloter : quels comités existent, qui y siège, à quel rythme ils se réunissent et ce que chacun a le pouvoir de trancher. Elle décrit le circuit par lequel l'information remonte vers les décideurs et par lequel les décisions redescendent vers les équipes. Bien posée, elle tient sur une page.

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Une page à remplir au lancement du projet : les instances, leur rythme, leurs participants, ce que chacune décide, et les règles d'escalade et de validation.

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Sur les projets que je pilote, c'est la première chose que je pose après le cadrage, avant même le planning détaillé. Tant que personne ne sait qui arbitre un écart de périmètre, une décision laissée en suspens trois semaines suffit à faire glisser tout le reste.

À quoi sert la comitologie

Elle répond à quatre questions trop souvent laissées ouvertes.

  • Qui décide. Chaque arbitrage de budget, de périmètre ou de délai a un propriétaire nommé.
  • Qui est informé. Ceux qui subissent les décisions sans les prendre ont leur point de rencontre.
  • À quel rythme. Un rendez-vous récurrent crée une échéance : on sait qu'un sujet sera tranché à date, donc on le prépare.
  • Sur quel périmètre. Le mandat écrit de chaque instance l'empêche de refaire le travail de celle du dessous.

C'est là que la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'œuvre se parlent officiellement, et qu'il reste une trace de ce qui a été convenu.

Les instances d'un projet digital

Un projet digital s'appuie le plus souvent sur trois niveaux d'instance : le comité de pilotage, qui arbitre le budget, le périmètre et les risques majeurs ; le comité projet, qui suit l'avancement opérationnel ; et le point d'équipe, qui règle la coordination du quotidien. Chaque niveau traite ce que celui du dessous n'a pas pu trancher.

InstanceRythme habituelQui y siègeCe qui s'y décide
COPILMensuelSponsor, MOA, chef de projet, responsable MOEBudget, périmètre, jalons, risques majeurs
Comité projetHebdomadaireChef de projet, référents métier et techniquesAvancement, blocages, préparation des arbitrages
Point d'équipeQuotidienL'équipe de réalisationCoordination du travail en cours, obstacles du jour

Ces rythmes sont ceux que je retiens le plus souvent, pas une règle. Sur un projet mené en Scrum, la revue de sprint et la mêlée quotidienne occupent déjà les deux niveaux du bas ; il reste à brancher un comité de pilotage au-dessus.

Construire la comitologie d'un projet

  • Lister les décisions que le projet va devoir prendre.
  • Attribuer chacune au niveau le plus bas capable de la trancher.
  • Nommer les participants, en séparant ceux qui décident de ceux qui éclairent.
  • Fixer un rythme et un ordre du jour type, identiques d'une séance à l'autre.
  • Écrire le tout sur une page, la faire valider par le sponsor, puis la diffuser.

Cette page devient la référence du projet, et se relit à mi-parcours. J'en montre l'usage dans mon guide sur le pilotage d'une refonte de site.

Les erreurs fréquentes

  • Empiler les instances. Chaque comité ajouté coûte de la préparation et un compte rendu.
  • Informer au lieu d'arbitrer. Un comité qui déroule des diapositives laisse repartir tout le monde sans décision.
  • Laisser le décideur se faire représenter. Un délégué sans mandat fait glisser les arbitrages de séance en séance.
  • Ne rien écrire. Sans relevé daté, la même question revient un mois plus tard avec une autre réponse.

Les termes voisins à ne pas confondre

  • Gouvernance. Cadre plus large, qui englobe aussi les règles d'engagement des dépenses, le reporting et les délégations de signature.
  • Rituel agile. Il appartient au cadre de travail et sert l'équipe ; une instance sert la décision et réunit des personnes extérieures.
  • PMO. Il prépare et alimente les instances ; le pouvoir de décision reste au sponsor et à la maîtrise d'ouvrage.
  • Comitologie européenne. Le sens d'origine du mot, dans le droit de l'Union : les procédures de comités qui encadrent les actes d'exécution de la Commission.

Ce que je regarde en premier quand un projet patine.

Avant de toucher au planning ou à l'équipe, je demande les comptes rendus des trois derniers comités : on voit tout de suite si les instances produisent des décisions ou seulement du reporting. Quand une même question réapparaît trois fois sans être tranchée, il manque une instance au bon niveau, ou le décideur n'y vient pas.

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Questions fréquentes

Trois niveaux suffisent à la grande majorité des projets digitaux : un comité de pilotage pour les arbitrages de budget, de périmètre et de délai, un comité projet pour l'avancement opérationnel, et un point d'équipe pour la coordination quotidienne. Chaque instance supplémentaire coûte du temps de préparation et de compte rendu. Si un comité n'a pas de décision propre à prendre, il ne mérite pas d'exister.
Oui, mais allégée. Les événements de Scrum couvrent déjà la coordination de l'équipe et la revue du travail livré, ce qui rend inutile un comité projet hebdomadaire qui ferait doublon. Il reste utile de garder un comité de pilotage au-dessus de l'équipe, pour les décisions de budget, de périmètre global et de risques que l'équipe n'a pas mandat pour trancher.
C'est le chef de projet ou le directeur de projet qui la rédige, puis le sponsor qui la valide. La rédaction consiste à lister les décisions attendues, à les attribuer au niveau le plus bas capable de les prendre, puis à nommer les participants et le rythme. Le document tient sur une page et se diffuse à tous les acteurs du projet dès le lancement.
Laurent Tulpan

À propos de l'auteur

Laurent Tulpan

Directeur de projet digital senior, ancien développeur et expert SEO depuis 2005. Il pose et anime la comitologie de projets menés pour des grands comptes et des PME (TF1, SFR, Orange, SNCF), en faisant le lien entre les équipes techniques et la direction. Découvrir son approche.

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